Coaches And Couches (F)


But for his private wife and kids somehow
Real life becomes a rumour
Days of dutch courage
Just three French letters and a German sense of humour

Man Out Of Time, Elvis Costello, Imperial Bedroom, 1982

L’affaire Pol Van Den Driessche frappe les esprits. Rien d’étonnant lorsque le sexe, les médias et la politique constituent les ingrédients de ce cocktail. Ils ne facilitent pas une analyse réfléchie. Je ne me prononcerai pas sur la question de savoir si PVDD est le DSK flamand, mais les réactions sont fort similaires. Cette affaire se caractérise elle aussi par un amalgame d’infidélité et de pulsions sexuelles, on soupçonne des complots politiques et tous les journaux flamands se seraient rabaissés au niveau de la presse de caniveau. Et tout comme dans l’affaire DSK, on invoque souvent le fait que la vie privée, et surtout sa composante sexuelle, ne doit pas être étalée au grand jour. DSK ne pouvait lui non plus se dominer au bureau et les accusations contre PVDD ont elles aussi un arrière-plan professionnel.
Le sexe et le lieu de travail sont difficilement conciliables. Il y a en fait quatre possibilités: une relation consentie ou non, avec un collègue ou avec un chef.
Même lorsque des chefs ne sont pas impliqués et que la relation est consentie, elle peut poser problème au niveau de l’entreprise tout entière. Lorsque deux personnes entament une relation dans le service, la plupart des collègues trouvent cela mignon, sauf en cas d’adultère, car le coin café sera alors rapidement le théâtre de discussions morales enflammées. Et malheur à l’infidèle qui demande à un de ses collègues de mentir lorsque sa moitié lui téléphone, lorsque le collègue, souvent un proche de la victime de l’infidélité, est obligé de choisir entre la loyauté et l’honnêteté. Mais même lorsque deux personnes “libres” entament une relation, celle-ci a souvent des répercussions négatives sur l’équipe. Lorsque les deux amoureux se donnent systématiquement raison lors de discussions au sein de l’équipe, la rancœur et les remarques acerbes ne se font pas attendre. J’ai deux fois assisté à la fin douloureuse d’une relation, qui a par ailleurs scindé l’équipe en deux camps.
Les risques que la relation dégénère sont plus importants lorsqu’elle implique un chef et un collaborateur. On m’a raconté, lorsque j’étais jeune fonctionnaire, l’histoire d’une demoiselle entreprenante qui s’était acoquinée avec son chef deux fois plus âgé qu’elle et qui lui faisait ses quatre volontés. Au détriment de ses collègues, selon ceux-ci. L’équipe a volé en éclats. Non seulement ceux qui se sentaient lésés étaient furieux, mais un différend sempiternel est né entre ceux qui ne voulaient pas être des moralistes et ceux qui estimaient que pareille relation était inadmissible. Le sommet de la hiérarchie a finalement dû intervenir. La demoiselle a été mutée.
An Goovaerts a très justement décrit dans son article du samedi 21 avril les situations et émotions pénibles et insupportables que provoque le harcèlement sexuel dans le milieu professionnel. Les victimes passent par toutes sortes d’émotions, allant de la honte et de la peur jusqu’à la colère et l’isolement. La crainte face à la réaction de la hiérarchie, mais aussi des collègues, lorsqu’on va se plaindre “en haut lieu” a un effet paralysant, ce qui provoque à son tour de l’écœurement chez la victime face à sa propre “lâcheté”. La question, qui est un fait une critique, “Pourquoi n’ont-elles pas déposé plainte à l’époque?”, ne peut germer que dans l’esprit de ceux qui ne font preuve que de fort peu d’empathie. Deux catégories de personnes subissent ainsi encore davantage des dommages émotionnels: les hommes qui sont harcelés et les femmes qui ont cédé à leurs avances.
La situation devient encore plus angoissante lorsque vous constatez avec horreur que vous êtes le jouet des pulsions sexuelles d’un chef. Certains estiment apparemment qu’il s’agit là de la vie privée de celui qui dépasse les bornes de la bienséance. DSK est ainsi un French Lover et PVVD un vrai bon vivant. On peut s’imaginer sans peine les petits rires complices, le haussement d’épaules et les yeux levés au ciel que ce comportement suscite.
Je rencontre moi-même aussi assez souvent ce genre de réactions lorsque je confronte des managers avec cette insolence sexuelle sur le lieu de travail comme exemple du fait que le management doit être non seulement efficace, mais aussi moral. Beaucoup de personnes, parmi lesquelles un grand nombre de dirigeants, estiment apparemment que vous pouvez vous permettre au travail les mêmes impertinences que dans votre cercle d’amis et que personne ne doit s’en mêler, et certainement pas les médias. De nombreux managers ne se rendent pas compte que pareil comportement équivaut à un abus de pouvoir, ce qui est intolérable pour une bonne gestion des ressources humaines. Des directives tout à fait défendables juridiquement en vue d’un comportement correct au travail sont parfois établies, mais lorsqu’une jeune stagiaire vient se plaindre auprès de sa hiérarchie au sujet de fait que son chef estime que lui tâter les seins fait partie de son évaluation finale, avec un licenciement immédiat comme résultat, le signal ainsi donné a un impact bien plus important qu’une centaine de règlements. Comme l’explosion d’une bombe à fragmentation. Les femmes veillent à être au moins deux lorsqu’elles se rendent chez le chef. Aussi chez les chefs qui n’ont pas mauvaise réputation en la matière. Adieu la spontanéité dans les relations de coaching entre le chef et ses collaborateurs.
Vous pouvez en être sûr: dans les organisations où l’abus de pouvoir à connotation sexuelle reste impuni, tous les types d’abus de pouvoir se manifestent, allant de petites vexations – des chefs qui humilient quelqu’un en présence de ses collègues – jusqu’à des agissements condamnables. Des managers font des dépenses personnelles aux frais de l’entreprise, prolongent leur séjour à l’étranger après un congrès professionnel par un week-end en famille. Il est frappant de constater qu’ils s’imaginent que leur personnel ne s’en rend pas compte. Et qu’ils n’ont pas conscience du fait que l’estompement de la norme devient d’une manière insidieuse la règle générale.
Au sein du comité de direction, les discussions peuvent porter pendant des heures sur la manière de boucler le budget, sur les innovations technologiques et sur les engagements nécessaires, mais il y a fort peu de concertation au sujet du harcèlement sexuel, alors que les conséquences peuvent être catastrophiques pour l’organisation, certainement lorsqu’il s’accompagne d’abus de pouvoir. Les managers ont apparemment honte de prendre des décisions aussi dans le domaine du management moral. Par contre, dans les organisations où ces décisions sont prises, les valeurs de l’entreprise sont non seulement affichées, mais elles sont le fil conducteur pour l’organisation, toutes les décisions y sont confrontées et tout comportement déviant est sévèrement réprimé. Certainement et surtout lorsque des dirigeants s’en rendent coupables. Le comportement souhaité, non seulement sexuel, doit être défini dans la cadre d’un large débat de fond au sein de l’organisation, sinon Big Brother n’est jamais loin. Mais des règles de conduite soutenues par le personnel, sur la base desquelles chacun, et surtout le management (au moyen d’évaluation bottom up par exemple), est jugé, sont une bénédiction pour chaque organisation. Un management qui ne réfléchit pas à chacune des quatre situations sexuelles sur le lieu du travail, qui n’y associe pas un ensemble de réactions concrètes et qui n’agit pas en conséquence abandonne son personnel à son triste sort et sous-estime les risques pour l’organisation.
Peut-être un des points à mettre à l’ordre du jour du prochain comité de direction? Éventuellement dans la rubrique divers.
Ce blog a été publié comme article d’opinion dans le journal De Morgen du 23 avril 2012.

Over Frank Van Massenhove

Ik ben wel Voorzitter FOD Sociale zekerheid maar de blog verbindt alleen mezelf. Volg mij op Twitter: @FVMas
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